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Les premiers utilisateurs du télescope

Jules et René Baillaud, les deux fils astronomes de Benjamin Baillaud, font les premiers essais sur le nouveau télescope en août 1909, puis c'est le tour du comte Aymar de la Baume Pluvinel, astronome libre, et de son assistant, Fernand Baldet. Dès son arrivée au début de septembre 1909, ce dernier est absolument fasciné par le ciel du Pic. "Le ciel se découvre brusquement et j'ai devant les yeux le spectacle le plus inimaginable qu'un astronome puisse rêver. La Voie Lactée est étincelante, les étoiles brillent comme des phares. Le ciel est blanc d'étoiles et leur éclat est suffisant pour éclairer les nuages qui sont à nos pieds."

Vers la fin de sa mission, il écrit à ses parents: "J'ai vu hier au soir Mars comme un dessin tellement il était calme. On distinguait les canaux comme s'ils avaient été dessinés à la plume."

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 Fernand Baldet au télescope Benjamin Baillaud en 1909

Ses photos de Mars sont d'une telle finesse de détail qu'il peut démentir l'existence d'un réseau de canaux fins aux formes géométriques que Percival Lowell donnait comme preuve de l'existence d'êtres intelligents sur la planète rouge.

Ce premier succès encourage le comte de la Baume Pluvinel à financer une deuxième mission à l'automne de l'année suivante. Mais, entre temps, il y a le retour de la comète de Halley.

Au début du mois de mai 1910, Henri Godard et Gaston Millochau montent au Pic du Midi pour observer la comète de Halley; ils resteront presque trois semaines à attendre le beau temps. Comme l'écrit Henri Godard à son directeur, Luc Picart, le temps est long. "Parfois pour nous distraire nous faisons une partie de cartes ou une partie de jacquet. Les grands soirs nous avons une audition de phonographe (10 morceaux au choix, j'ai déjà entendu chacun d'eux quatre ou cinq fois)."

Enfin, le 21 mai, une éclaircie. "j'ai pu apercevoir la comète à l'oeil nu dans une éclaircie à 8h45; malgré le crépuscule la lune et les nuages, elle était très belle, malheureusement elle était trop près de l'horizon pour que l'on puisse la photographier. Depuis, nous sommes constamment dans le brouillard et parfois il neige; c'est une malchance extraordinaire."

La deuxième mission de Fernand Baldet, en septembre-octobre 1910, est, elle aussi, décevante. Son bilan est de 43 photos de Saturne et de ses satellites, et de 20 belles nuits sur 48, alors que l'année précédente il avait pris plus de 500 photos de Mars. Aymar de la Baume Pluvinel écrit un peu plus tard à Emile Marchand, le directeur de l'Observatoire du Pic du Midi, que le séjour de son assistant a été bien peu fructueux. "Vous aviez raison de modérer l'enthousiasme des astronomes sur le beau temps du Pic. En somme, la nébulosité et à peu à peu près la même qu'à Paris; mais, lorsque le ciel est découvert, on a l'avantage d'avoir une atmosphère très stable et très transparente."